Geoffroy Roux de Bézieux dans Challenges : « Le ras-le-bol fiscal des entreprises est réel »

Dans un entretien accordé à Challenges, Geoffroy Roux de Bézieux évoque «  le ras-le-bol fiscal, bien réel, des chefs d’entreprises » en raison « d’une pression fiscale quasi insupportable, d’une instabilité fiscale tout aussi nocive et d’ un certain harcèlement lors des contrôles fiscaux ». Pour le vice-président du Medef, il est donc impératif « d’améliorer l’environnement fiscal qui est un des facteurs de la compétitivité. Et pour baisser la fiscalité, pas d’autre solution que de baisser la dette publique »

« Le consentement à l’impôt est un fondement du pacte républicain, et le contrôle fiscal, qui assure l’égalité des citoyens devant l’impôt, en est le garant. Le Medef en accepte évidemment le principe. Il n’est pas question de verser dans le poujadisme », souligne le vice-président délégué du Medef dans une interview à Challenges (page 70). Mais « il n’est plus question, non plus, de laisser perdurer le silence sur les ratés et sur les abus », ajoute-t-il. Pour Geoffroy Roux de Bézieux, « le ras-le-bol, bien réel, des chefs d’entreprises a trois motifs : une pression fiscale quasi insupportable, une instabilité fiscale tout aussi nocive et un certain harcèlement lors des contrôles fiscaux ». Le gouvernement, poursuit-il, « doit comprendre que les impôts ne rentrent que si les entreprises créent des
richesses. Or, pour cela, il faut impérativement améliorer l’environnement fiscal qui est un des facteurs de la compétitivité. Faute de quoi, les plus grandes entreprises partiront, et les plus petites fermeront !
», met en garde le vice-président délégué du Medef.

Interrogé sur les relations des chefs d’entreprise sur les relations avec l’administration fiscale, Geoffroy Roux de Bézieux note que « depuis trois ans, le fisc a durci les contrôles, les vérificateurs appliquant ainsi plus fréquemment des pénalités de 40 % souvent injustifiées ». De fait, « la législation est tellement compliquée que les contrôleurs sont placés en position d’arbitres sur des textes mal ficelés, voire sur des questions hors de
leurs compétences, comme la valeur scientifique d’une recherche dans le cas du CIR, un nid à contentieux
», relève le vice-président délégué du Medef. Quant aux voies de recours, « elles fonctionnent moins bien qu’avant. Nous pressentons que le fisc est passé à
l’offensive dans un objectif inavoué de rendement. Les caisses de l’Etat sont vides et on le somme de faire rentrer l’argent
». Enfin, « les rapports entre le fisc et les entreprises, dont l’immense majorité ne sont pas des fraudeuses, restent encore marquées par la logique du ‘présumé coupable’ », déplore Geoffroy Roux de Bézieux. C’est pourquoi, « pour faire avancer le dialogue, nous avons demandé d’inscrire le sujet aux Assises de la fiscalité que le gouvernement va bientôt organiser », indique le vice-président délégué du Medef.

Invité par ailleurs ce matin de France Info Geoffroy Roux de Bézieux a évoqué la multiplication des plans sociaux. L’occasion pour lui de rappeler que ce sont les entreprises qui créent des emplois et qu’« aujourd’hui elles n’ont pas les marges pour le faire. (…) Ce sont les marges qui permettent les investissements d’aujourd’hui, et donc les emplois de demain. Or, les marges des entreprises françaises, c’est 28 % là où la moyenne européenne est à 40 % ». Peut-on dire pour autant que la crise s’aggrave ? « J’aurais tendance à dire que non, mais l’on n’est pas en train non plus de sortir de crise », estime le vice-président délégué du Medef qui note que certains secteurs marchent très bien, comme par exemple « l’aéronautique et toutes les filières d’excellence française et européenne ». En fait, « nous sommes dans une économie de mutation. Donc il y a des secteurs qui souffrent et d’autres qui marchent », explique Geoffroy Roux de Bézieux. Face à cette situation, « les entreprises et les salariés doivent s’adapter en permanence (…) ça oblige à inventer, à innover et à se renouveler en permanence ». Dans cette configuration, le rôle des syndicats de salariés est « d’accepter que l’emploi d’aujourd’hui ça n’est plus l’emploi de demain, qu’il faut se former, qu’il faut accepter que dans une vie professionnelle on va changer, cinq, six fois de métier ».

Alors que la commission des Finances de l’Assemblée Nationale vient d’adopter plusieurs mesures contre l’optimisation fiscale, Geoffroy Roux de Bézieux souligne que l’« on confond deux choses, la fraude, que nous condamnons évidemment, (…) et l’optimisation qui, elle, est légale et le problème c’est qu’il y a des règles différentes par pays. Donc, au lieu d’attaquer les entreprises qui sont en France, il faut que les gouvernements se mettent d’accord sur des règles simples et identiques ». Au-delà, souligne Geoffroy Roux de Bézieux, il faut baisser la fiscalité, « en France nous avons le record du monde des prélèvements obligatoires. Pour cela, il n’y a pas trente-six solutions, il faut accepter de baisser la dépense publique ».

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