Point presse mensuel d’octobre 2012

Bonjour. Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs, j’ai amené l’iPad aujourd’hui, vous allez voir pourquoi. Merci beaucoup d’être si nombreux ce matin, parce que, au fond, on pourrait croire que j’ai tout dit depuis quelques jours. Puisque nous avons eu l’occasion d’exprimer nos positions, nos inquiétudes à plusieurs reprises mais néanmoins, je crois qu’il est tout à fait intéressant que nous ayons un échange ce matin au lendemain de notre Conseil exécutif. La première chose que je voudrais vous dire tout simplement, c’est que l’extrême gravité de la situation dont je parle depuis quelques jours est ressentie ou tout simplement observée par chacun des membres du Conseil exécutif du Medef qu’il soit lui-même chef d’entreprise ou président de fédération. Donc, il y a unanimité sur l’urgence. à agir.

Ce matin, le Premier ministre a, à sa manière, confirmé que la situation pour les entreprises françaises était aujourd’hui préoccupante. Et je pense que tant le président de la République que le Premier ministre mesurent le danger que courre notre économie. Et je voudrais vous dire très clairement et très simplement que nous travaillons avec le gouvernement et que nous voulons continuer à travailler avec le gouvernement et que nous souhaitons même intensifier cette relation de travail pour qu’ensemble, nous soyons capables d’imaginer les solutions qui nous permettent de faire face et qui permettraient aussi tout simplement de relever ce défi qu’a lancé le président de la République d’inverser la courbe du chômage d’ici un an. Et vous le savez, il n’y aura d’inversion de courbe du chômage que si les entreprises françaises se portent mieux, si les dépôts de bilan sont moins nombreux – je vous rappelle que les dépôts de bilan sont deux fois plus nombreux en France qu’en Allemagne en ce moment – si les marges des entreprises se reconstituent, bref si une politique économique qui met en œuvre le choc de compétitivité est lancée et rapidement lancée. Il me semble qu’il est temps que le gouvernement prenne à bras le corps le principe de réalité.

Nous sommes dans l’attente du rapport de Louis Gallois. La déception des chefs d’entreprise français  qu’ils soient issus du secteur de l’industrie, du secteur des services, du bâtiment, qu’ils soient dirigeants d’entreprises du CAC 40 ou de TPE ou de PME ou d’ETI, la déception serait immense si Louis Gallois ne préconisait pas un choc de compétitivité très significatif et à mettre en œuvre très rapidement. Et la déception serait plus douloureuse encore dans le cas où Louis Gallois nous rassurerait, la déception serait plus douloureuse encore si le gouvernement ne suivait pas les préconisations du rapport Gallois.

Aujourd’hui, commence à l’Assemblée nationale le débat sur le budget. Ce budget a le mérite de vouloir tenir un engagement qu’il est de notre intérêt à tous de respecter, moins 3 % de déficit, mais la construction de ce budget risque de nous empêcher de tenir cet objectif. En effet, en privilégiant une augmentation considérable des prélèvements obligatoires tant sur les ménages que sur les entreprises, et en ne s’attaquant toujours pas à la réduction des dépenses publiques, le risque de récession qu’il crée est réel. La priorité pour les parlementaires aujourd’hui devrait être de se demander comment réduire nos dépenses publiques. Mais permettez-moi de le dire comme ça, de les réduire pour de vrai comme dirait un enfant, pour de vrai ! Les 10 milliards présentés comme des baisses de dépenses publiques ne sont qu’un trompe-l’œil. C’est un ralentissement de la hausse des dépenses publiques. Ce n’est pas une vraie diminution des dépenses publiques. On trompe les Française à faire croire qu’il y a ainsi un espèce d’effort également réparti entre entreprises, ménages, Etat, collectivités locales, administrations et Sécurité sociale. Et des pistes pour réduire la dépense publique, il en existe beaucoup. Il suffit de prendre le rapport de la Cour des Comptes ou différents rapports de l’Inspection des Finances. Ne serait-ce que le dernier rapport de l’Inspection des Finances. Je vous rappelle que dans un de ses derniers rapports, l’Inspection des Finances annonçait qu’il existait plus de 1 000 agences d’Etat plus ou moins autonomes qui, à elles toutes, constituaient un budget de 50 milliards d’euros. Je ne peux pas croire que, à l’intérieur de cet ensemble, il n’y ait pas de possibilité de réduction de dépenses. Il faut donc penser l’équilibre à terme du budget de notre pays par une baisse régulière mais sérieuse des dépenses publiques. Deuxièmement, il faut rétablir la compétitivité de nos entreprises et donc de notre économie par une baisse des coûts de production. Je suis navrée, navrée d’observer qu’il y a encore quelques économistes, heureusement très rares, ou quelques parlementaires qui se présentent comme ayant une spécialité en économie,  et qui contestent le handicap que la France s’est constitué au fur et à mesure des années, depuis plus de 10 ans, en matière de coûts. Ce handicap est également à l’origine des difficultés qu’il peut y avoir dans certains secteurs, pas tous les secteurs, en matière de compétitivité hors coûts. Et c’est tout à fait artificiel de vouloir séparer les enjeux de coûts, de prix, des enjeux d’innovation, de recherche, de positionnement de gamme. C’est la même chose. Une Pme qui a ses marges très faibles ne va pas pouvoir embaucher les ingénieurs qui vont lui permettre de constituer un petit département recherche et développement. L’ETI qui doit faire des choix, des arbitrages ne va pas déposer et protéger autant de brevets que sa concurrente allemande, etc, etc. Le lien entre compétitivité coûts et compétitivité innovation recherche est absolu. A cela, j’ajouterai qu’il y a bien une autre dimension dans la compétitivité hors coûts qui est l’adaptabilité, qui est la souplesse, qui est la flexibilité, vous savez, ce mot tabou. Et c’est de cela dont nous parlons dans la négociation que nous avons ouverte avec les organisations syndicales. Donc, l’ensemble est lié.

Et il y a une autre dimension,  c’est la compétitivité psychologique.  Il ne peut pas y avoir de dynamisme économique si, en plus de ces fondamentaux objectifs que je viens de vous rappeler, il n’y a pas un état d’esprit qui valorise l’entrepreneur, qui lui fait confiance, qui lui permet de prendre des risques. D’où la gravité de la proposition budgétaire du gouvernement sur les plus-values de cessions mobilières. Je m’interroge beaucoup sur les propos tenus par quelques ministres qui disent « on veut valoriser le risque, on le comprend »,  donc, ils prononcent des mots qui sonnent agréablement à nos oreilles, et qui en même temps, précisent « mais pas la rente ». Alors, moi, je pose à tous ceux qui cherchent à faire cette distinction la question : quel est le critère ?  Quel est l’indicateur, le seuil, la définition qui permet de distinguer ce qu’est la rémunération du risque de la rente ? Aujourd’hui, nous aurons peut-être des amendements qui vont être présentés sur ce fameux article 6 qui concerne les plus-values de cessions mobilières, nous les examinerons, mais sur le fond, sachez bien que notre position ne change pas. Nous considérons que l’alignement de la fiscalité des revenus du capital sur la fiscalité des revenus du travail est une erreur de raisonnement économique grave. Et nous ne voulons pas, en aucune façon, cautionner cette erreur de raisonnement. Vous savez, c’est comme les 35 heures. C’était une erreur de raisonnement économique. Nous ne l’avons jamais cautionné. Eh bien là, c’est la même chose. Quand j’entends dire qu’il va y avoir des amendements suivant le seuil de détention, et que la fiscalité ne sera peut-être pas la même selon que vous êtes actionnaire à 9 % ou actionnaire à 11 %. Vous êtes deux associés dans une même entreprise, vous avez pris des risques, vous avez mis votre argent, il y a un moment vous avez l’opportunité de céder, mais voilà, celui qui a mis 11 % aura peut-être une fiscalité un peu moins lourde que celui qui a mis 9 % parce qu’à l’époque, il ne pouvait pas mettre plus que cela. Quel sens cela a ?

Et puis, je vais même aller plus loin. Cette fiscalité, elle ne concerne pas simplement que l’entrepreneur en tant que tel, qu’il soit entrepreneur du web, de l’industrie ou du commerce d’ailleurs. Il concerne aussi l’actionnaire salarié. C’est étrange, le gouvernement n’en parle pas. L’actionnaire salarié, par définition, il ne va pas franchir les seuils évoqués par le gouvernement. Dans beaucoup de cas, l’actionnaire salarié, il est actionnaire individuel. Dans certains cas, ils sont regroupés dans une entité, mais dans beaucoup de cas, il est actionnaire tout simplement individuel. Il va avoir la fiscalité maximum ? Qu’est-ce que l’on prévoit pour lui ? Et qu’est-ce que cela veut dire, plus fondamentalement, sur cette idée que nous partageons, nous, chefs d’entreprise et salariés et qui est tout simplement de développer l’actionnariat salarié pour permettre à chacun, justement,  de rentrer dans cette logique de propriété de l’entreprise et de pouvoir récupérer, à cette occasion, soit des dividendes, soit des plus-values à l’occasion d’une cession. Alors, est-ce que l’on veut mettre fin à l’actionnariat salarié ? Est-ce que c’est cela que cela veut dire ?

Et puis, allons encore plus loin. Nous savons tous qu’aujourd’hui, le financement de l’économie est en risque. On l’a expliqué plusieurs fois ensemble, Bâle III, que nous n’aurions jamais dû accepter, Solvency II, que nous n’aurions jamais dû accepter ainsi, vont être des normes qui vont, cela a déjà commencé en réalité, réduire l’offre de crédit à l’économie. Donc, nous avons besoin de tout ce qui est source de financement, et notamment, notamment du marché actions. Nous avons besoin que des actionnaires individuels, c’est encore un autre cas de figure, ce n’est pas simplement l’actionnaire salarié, mais que des actionnaires individuels achètent des actions de nos entreprises. Et d’ailleurs, en plus, on a tendance à le souhaiter parce que l’on est tous d’accord, le tous ce sont les acteurs économiques, les acteurs sociaux, les acteurs politiques,  de gauche comme de droite, on est tous d’accord pour dire que l’on préfère que nos grandes entreprises, pas simplement le CAC 40, mais je vais jusqu’au SBF 120 et même plus encore, que nos entreprises soient détenues plutôt par des actionnaires français que par des actionnaires étrangers. Est-ce qu’avec ce mécanisme tel qu’il est imaginé, on va pouvoir encourager cela ? C’est exactement l’inverse. On va décourager l’actionnariat individuel. Donc on va décourager l’entrepreneur, on va décourager l’actionnariat salarié, on va décourager l’actionnariat individuel. Et on va aussi décourager et cela a déjà commencé, l’investisseur étranger. Tous les spécialistes, je vous invite à aller faire des enquêtes, des gestions d’actifs, tous les observateurs sur les marchés financiers ont déjà repéré qu’il y avait un doute des investisseurs financiers sur le marché actions des entreprises françaises.

Alors, vous comprenez, quand nous entendons,  – nous nous le sommes dit hier en réunion du Conseil exécutif – certains ministres, dire à cette interpatronale que nous avons constituée : « Attention à ce que vous êtes en train de faire parce que vous donnez une mauvaise image à l’étranger ». Mais c’est invraisemblable cela ! Qui est à l’origine de cette difficulté, sinon des erreurs dans le budget ? Sinon des décisions attendues et qui ne sont toujours pas prises ?

Et sur ce chapitre-là, permettez-moi de revenir sur les propos tenus ce matin dans un quotidien spécialisé dans l’économie de la ministre des PME et du numérique. Parce que je crois que dans le moment encore une fois grave que nous traversons, il faut que nous soyons bien conscients que nous sommes tous dans le même bateau. Que l’enjeu dont nous parlons, il est économique, il n’est pas politique. Il est 100 % économique, il est 0 % partisan. Et donc, vouloir politiser ou caricaturer les propos tenus par les uns ou par les autres, en particulier ceux que j’ai tenus, ne me semble pas bienvenu.

J’évoque une interview de Fleur Pellerin. Comme madame la ministre est ministre des PME et du numérique, donc je l’invite – c’est pourquoi j’ai pris ma tablette ce matin – à télécharger sur son iPad à partir de l’Apple Store, gratuitement, Besoindaire avec un ‘e’. Vous vous connaissez ; j’ai l’impression que la ministre ne connaît pas. Quand la ministre considère que le Medef n’a pas exprimé de défense des PME depuis 10 ans, je rêve. Je rêve. Alors donc, pour me réveiller, je l’incite à prendre Besoindaire – si elle ne veut pas regarder tous les chapitres même si c’est très intéressant – je lui propose d’aller dans « La France réinventée » ; dans « La France réinventée », vous avez un chapitre qui s’appelle « Vouloir un nouveau modèle de business pour la France ». Dans « Vouloir un nouveau modèle de business pour la France » le premier point s’appelle « Exigez la PME Attitude » ; vous vous souvenez de la PME Attitude ? Peut-être que la ministre à cette époque-là n’avait pas l’ouïe assez fine pour nous entendre répéter inlassablement PME Attitude. Si je continue dans le chapitre PME Attitude, je verrais premier axe de travail : « Des prélèvements obligatoires orientés TPE-PME ». Orientés TPE-PME.  Et de ce point de vue-là, je vais dire que je donne un crédit au gouvernement car dans son projet de budget, le gouvernement à éliminé un certain nombre de mesures qui avaient été envisagées dans le programme présidentiel et qui auraient été défavorables aux TPE et aux PME, mais, néanmoins, n’a pas pour autant proposé une vraie mesure favorable aux TPE et aux PME et nous, nous, ne cessons d’en proposer une. Je n’ai cessé de le proposer au précédent gouvernement qui n’a pas voulu la mettre en œuvre. Elle est rappelée ici cette mesure qui consiste à dire qu’il y a pour certaines entreprises un taux réduit d’impôt sur les sociétés à 15 %. Mais ce taux réduit d’impôt sur les sociétés est limité à très peu d’entreprises. Donc, je ne souhaite qu’une chose, c’est ce que nous avons écrit, que ce taux réduit soit appliqué – c’est ce que nous écrivons ici – à toutes les PME, à toutes les PME, dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros. Toutes les PME dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros : un taux d’IS à 15 %. Madame la ministre des PME, voulez-vous nous faire cette fleur ?

Au-delà de cela, que j’ai voulu dire avec humour et avec respect, je voudrais que tout le monde comprenne bien, et la ministre des PME et du numérique en tout premier, que nous sommes tous très unis dans nos positions. Il y a 20 organisations patronales qui sont d’accord. C’est inédit, c’est historique. Cela doit bien être le signe de quelque chose. Je crois qu’il n’y a pas de honte mais surtout ce ne serait pas perdre la face pour la majorité que de dire : « si autant d’entrepreneurs, autant d’associations ayant des styles, des représentations, des origines différentes sont à ce point d’accord, c’est peut-être qu’il y a quelque chose de vraiment important. Et c’est peut-être même quelque chose qui peut être décisif pour l’avenir. » Et c’est cela au fond que nous voulons dire : c’est que ce point sur les plus-values de cessions, c’est un point essentiel pour  pas simplement pour les mois qui viennent  mais au minimum les 5 ans qui viennent, peut-être même plus encore ; c’est de savoir si oui ou non, nous la France, nous voulons rester un pays d’entrepreneurs, un pays dans lequel  le génie entrepreneurial puisse s’exprimer. Nous demandons donc au parlement de comprendre ce point. Je me tiens à la disposition de tous les parlementaires qui voudraient échanger avec nous ou moi-même sur le sujet pour expliquer de manière très pratique, de manière très concrète, avec des vraies histoires, avec des vrais cas, l’impact de ce qui est envisagé jusqu’à présent.

Je pense que j’ai fait un tour d’horizon assez large de la situation et qu’à partir de là je peux répondre à toutes vos questions.

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