L’avenir de l’apprentissage en danger

Le nombre de jeunes entrés en apprentissage en 2013 a reculé de 8 %, à 273 000 contre 297 000 l’année précédente. C’est la plus forte chute jamais enregistrée. Après une progression régulière du nombre d’apprentis, nous régressons brutalement au niveau de 2005-2006, soit un bond de huit ans en arrière.

Ces résultats sont très préoccupants pour l’avenir de notre pays. L’apprentissage est un mode d’enseignement unanimement reconnu qui permet d’évoluer vers des emplois pérennes (82 % des apprentis obtiennent un emploi à fin de leur apprentissage, dont 60 % en CDI*). Alors que tous les acteurs sont mobilisés autour de l’objectif d’augmenter le nombre d’apprentis en France, ces chiffres doivent amener à se reposer la question de la politique suivie en la matière.

Les mesures du gouvernement dans ce domaine depuis plus d’un an ont clairement leur part de responsabilité, au-delà de la conjoncture, dans cette évolution inquiétante : suppression de l’aide à l’embauche d’un jeune en alternance pour les PME, réduction drastique du crédit d’impôt apprentissage et de l’indemnité compensatrice forfaitaire accordée aux entreprises s’investissant dans l’apprentissage, suppression de passerelles entre l’école et l’apprentissage à la fin de la troisième.

Pourtant, malgré cet échec qui sonne comme un avertissement, le gouvernement semble persister dans l’erreur en faisant adopter à l’Assemblée nationale, dans le cadre de l’examen du projet de loi formation et démocratie sociale, un amendement prélevant 380 millions d’euros sur le financement de l’apprentissage par les entreprises pour l’affecter aux Régions. Malgré les aménagements prévus de la contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA), il s’agit d’une prise de contrôle public du financement de l’apprentissage. Or, l’efficacité du système repose en grande partie sur le lien fort tissé avec les entreprises.

Si cet amendement était confirmé par le Sénat, le gouvernement porterait la lourde responsabilité de désinciter définitivement les entreprises de France à s’investir dans l’apprentissage dans les prochaines années. Ce serait dramatique pour les jeunes et les entreprises.

Pour Jean-François Pilliard, vice-président du MEDEF en charge du pôle social, « il faut tirer les conséquences de l’échec de 2013 et redresser la barre en donnant davantage de responsabilité et de liberté aux acteurs, et notamment aux entreprises. Nous avons fait un certain nombre de propositions constructives dans le cadre du Pacte de l’alternance à partir duquel nous pourrions prendre des engagements sur le développement de l’alternance pour les jeunes. La politique suivie par le gouvernement sur l’apprentissage est à l’opposé de ce qu’il faut faire : on est déjà dans un recul historique et avec le prélèvement sur la taxe d’apprentissage adopté à l’Assemblée, on va structurellement et durablement affaiblir l’apprentissage dans notre pays. »
 
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