Point presse mensuel d’avril 2013

Bonjour à tous. Nous avons une conférence de presse chargée, avec un programme dense.

Il y a plusieurs points à l’ordre du jour de cette conférence de presse, le premier point étant consacré, comme chaque année désormais à la présentation des comptes du Medef, présentation qui va être faite ensuite en Assemblée générale et c’est pourquoi j’ai demandé à Jean-Louis Schilansky de venir vous exposer les chiffres-clés et les éléments-clés de notre compte 2012 et du compte de bilan du Medef. Vous pourrez ensuite bien sûr poser des questions plus précises à la fin de la conférence de presse à Jean-Louis Schilansky, notre Vice-président Trésorier.

Ensuite, j’aborderai un certain nombre de sujets essentiels dans l’actualité économique et sociale de notre pays, notamment sur l’entrepreneuriat, la fiscalité, la compétitivité, la transposition de l’ANI du 11 janvier 2013. Et puis, je vous ferai une présentation d’un outil, je crois essentiel, que le Medef a mis au point, outil qui concerne la formation et qui sera peut-être du coup un instrument de travail pour la prochaine conférence sociale qui se tiendra en juin ou en juillet cette année.

Donc, j’ai présenté le sommaire de notre conférence de presse, et je vais commencer par le premier point en introduisant Jean-Louis ; si tu veux bien me rejoindre.

Jean-Louis Schilansky

Bonjour à tous. D’abord, je vais être assez bref sur, effectivement, les comptes du Medef qui n’appellent pas de commentaires très particuliers. On vous remettra à la fin de la séance une série de documents, notamment un rapport de gestion et un rapport d’activité. Vous trouverez dans ce rapport de gestion beaucoup d’informations sur, effectivement, le compte de résultat et le bilan du Medef. Et si vous le souhaitez, on pourra en reparler à cette occasion où à une autre.

Les comptes du Medef cette année font apparaître un résultat positif de 300 000 euros, ce qui est une bonne nouvelle. Certains d’entre vous avaient noté l’année dernière que nous avions eu une perte de 30 000 euros, qui était due à des frais exceptionnels que nous avions engagés pour le B20 qui était lié au G20 à la fin de l’année 2011. En 2012, nous n’avons pas eu de frais exceptionnels et donc, vous verrez dans le document que nous vous remettrons que les dépenses sont pratiquement stables par rapport à celles de l’année précédente. Donc, on a eu des dépenses stables par rapport à l’année précédente, et au contraire, on a eu des cotisations en hausse, et ça c’est le fait qu’il faut remarquer : nous avons eu pratiquement 350 000 euros de plus de cotisations que l’année précédente.

Deux effets au niveau des cotisations : d’une part l’effet année pleine de fédérations ou d’organisations qui nous avaient rejoint l’année précédente, notamment l’organisation des commissaires aux comptes et également une fédération de production de cinéma et cela  a eu un effet positif sur les cotisations. Et puis, d’autre part, des régularisations sur les années précédentes au niveau des cotisations. Vous vous souvenez que nous avons un système que nous avons changé en 2010 et qui a été mis en place en 2011. Donc, 2012, on a eu l’effet année pleine de ce nouveau système. Bref, les cotisations en hausse, des dépenses constantes, on a sorti un résultat positif de 300 000 euros, et c’est une bonne nouvelle pour le Medef. Cela consolide nos positions financières et cela montre que nous avons une organisation et une structure financière particulièrement robuste et qui est prête à affronter éventuellement des problèmes si un jour il devait y en avoir.

En tous les cas, c’est ça le message principal.

Vous verrez, dans le document que nous vous remettrons, de très nombreux détails sur la structure de ce compte de résultat, aussi bien au niveau des recettes que des dépenses, nous sommes, en matière de finances, complètement transparents et vous trouverez de nombreuses informations là-dedans et également beaucoup de rigueur dans la gestion des comptes du Medef, un très grand suivi, à la fois des dépenses, je viens de vous en parler et également des effets positifs au niveau des cotisations.

J’en termine avec le bilan. Ca, c’était le compte de résultat. Le compte de bilan, nous avons un total de bilan, vous le verrez, de l’ordre de 74 millions d’euros, ce qui est solide de nouveau, très solide. Avec deux éléments principaux dans notre compte de bilan : d’une part l’immeuble ici, l’immeuble Bosquet qui appartient au Medef, et puis d’autre part une trésorerie que nous plaçons sans risque d’ailleurs, et qui correspond à environ un an de cotisations du budget. Donc, si vous ajoutez la valeur de cet immeuble, la valeur comptable de cet immeuble et l’année de cotisations, vous arrivez au bilan de 74 millions d’euros dont je viens de vous parler.

Le message est simple : c’est une très grande rigueur de gestion, des cotisations positives, et une très grande solidité de structure financière de cette organisation.

Merci beaucoup Jean-Louis.

Donc, si vous le souhaitez, après le point que je vais vous faire sur différents sujets importants, vous pourrez poser des questions et Jean-Louis sera bien sûr à votre disposition, mais évidemment, j’ajouterai pour clore cet élément financier que nous sommes tous très satisfaits de la structure de gestion du Medef, même si, comme je l’ai indiqué hier en Conseil exécutif, je pense fondamentalement qu’il serait utile pour la représentation des entreprise françaises, qu’il y ait des structures plus larges ayant des ressources plus importantes encore.

Entrepreneuriat- Plus- values de cessions

Alors, abordons le premier sujet important pour nous aujourd’hui. Le premier sujet important s’appelle entrepreneuriat. Voyez-vous, c’est très frappant de constater que tout le monde est pris dans un débat, une réflexion sur la transparence des patrimoines des ministres, que l’on s’emporte sur le sujet, que l’on s’intéresse plus ou moins au sujet et qu’en réalité, pendant ce temps-là, les choses vraiment importantes ne sont pas regardées, ne sont pas considérées, ne sont pas débattues et ne sont pas tout simplement prises à bras le corps comme il conviendrait de le faire.
Depuis plusieurs mois déjà, se tiennent à Bercy des Assises de l’entrepreneuriat. S’y disent des choses essentielles pour l’avenir de l’économie de notre pays. Par définition essentielles puisque l’entrepreneur, c’est le ressort de l’économie. Et c’est par l’entrepreneur qu’une économie peut prendre son essor. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une absence de croissance, en clair nous sommes en récession. Or, nous savons tous que la seule voie, la seule issue possible pour retrouver non pas une croissance lente, ce qui a été la caractéristique de la croissance française ces dernières années, mais une croissance soutenue, cela passe par l’entrepreneuriat. Nous voudrions donc que les Assises de l’entrepreneuriat soient mises en haut de l’agenda du gouvernement. Nous souhaitons qu’un certain nombre de propositions qui ont été formulées par le Medef tout au long de ces Assises soient sérieusement prises en compte. La première d’entre elles concerne la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions. Et nous vous distribuerons à la fin de cette conférence de presse notre proposition précise de révision de la fiscalité des plus-values. Je voudrais simplement vous dire en un mot que cette proposition permettrait de rendre le barème à la fois simple et également de le rapprocher de la moyenne européenne. Avec le mécanisme que nous proposons, qui permettrait un abattement progressif suivant la durée de détention des actions, nous estimons que,  au bout de six ans de détention d’actions, nous aurions un taux sur la cession d’actions, de fiscalité sur la cession d’actions, équivalente à la moyenne européenne, c’est-à-dire 26 %. Cette affaire n’est pas mineure, cette affaire est essentielle. A un moment où nous savons que se prépare déjà les grandes lignes du budget 2014, à la veille de la présentation par le ministre de l’Economie et des Finances des engagements de la France pour les trois prochaines années, à un moment où l’on sait que notre dette continue à filer à une vitesse terrifiante puisque la tendance actuelle nous conduit à pratiquement 100 % de dette sur PIB en 2015, il faut que le gouvernement, la majorité et tant qu’à faire l’opposition aussi, comprenne qu’il n’y aura pas de retour possible à la croissance et donc à la création de richesses, et donc à des assiettes fiscales significatives si un signal clair, fort, dépourvu d’ambiguïté, n’est pas donné aux entrepreneurs.  Ce signal passe par une révision drastique de la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions.

Amnistie sociale

Il y a d’autres éléments qu’il convient d’ajouter pour donner envie aux entrepreneurs. Je voudrais parler d’un sujet qui va venir en discussion très prochainement,  le 24 avril, à la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Le 24 avril va être discuté au sein de cette commission la proposition de loi votée par le Sénat qui a choisi d’amnistier des actes condamnés, des actes perpétrés par des syndicalistes et qui ont fait l’objet par les tribunaux de condamnations claires. Cette amnistie sociale est pour nous inacceptable, choquante, incompréhensible. A un moment où le mot que tout le monde a dans la bouche, répète sans cesse, exemplarité, je ne vous pas où est l’exemplarité dans cette proposition d’amnistie sociale. A un moment où tout le monde veut rappeler des valeurs essentielles, comme celle de l’égalité devant la loi, je ne vois pas comment peut-on justifier cette amnistie sociale.

Les entrepreneurs de toutes générations, de tous secteurs de notre pays attendent des signaux très clairs sur ces deux questions de la part du gouvernement : la fiscalité des plus-values, le rejet de l’amnistie sociale.

Compétitivité – taux de marge

Bien sûr, ceci ne serait non plus suffire. Je voudrais aborder, à partir de là, je passe de l’entrepreneuriat à la question plus globale de la compétitivité. Nous avons, et nous en sommes très satisfaits, installé depuis maintenant plusieurs années, au moins deux ans, la question de la compétitivité au cœur de tous les débats. Le gouvernement a, à la fin de l’année 2012, lancé un Pacte de compétitivité. C’était plus que nécessaire tellement nous avons un genou à terre. Le gouvernement a, dans cette perspective, installé le crédit d’impôt compétitivité emploi. Nous avons salué le crédit d’impôt compétitivité emploi et nous continuons à le saluer. C’est un outil pertinent, c’est un outil simple, c’est un outil qui va aider de nombreuses TPE, PME et ETI à passer le cap très difficile auquel elles sont confrontées aujourd’hui. Et d’autres idées contenues dans le Pacte de compétitivité sont bonnes. Mais ceci ne pourrait être considéré que comme une première étape. Car la situation continue à se dégrader. Je voudrais vous montrer ce graphique qui est effrayant : cela fait des années depuis que nous faisons des conférences de presse ensemble si vous me permettez de le dire ainsi, que j’attire votre attention sur la chute des marges des entreprises françaises. Vous voyez les derniers chiffres officiels que nous avons recueillis, qui montrent la poursuite de la dégradation du taux de marge, y compris sur l’année 2012, avec des chiffres encore plus effrayants et une courbe affolante pour le secteur industriel. Et nous finissons à un taux de marge 2012 dans l’industrie à 21 %. Ce taux de marge étant calculé comme étant l’excédent brut d’exploitation sur la valeur ajoutée. Je vous rappelle que la référence, la comparaison qui nous permet d’évaluer ce que veut dire ce 27,9 ou ce 21 se fait avec l’Allemagne. L’Allemagne qui, suivant les années, oscille entre 38 et 40 de taux de marge par rapport à la valeur ajoutée. Cette dégradation continue du taux de marge des entreprises, nous le voyons au quotidien. Il n’y a pas un secteur vraiment qui y échappe. Mais il y a des secteurs qui sont beaucoup plus gravement touchés que d’autres. En ce moment, le secteur du bâtiment est très atteint par exemple. Là, je mets l’accent sur l’industrie, on voit la chute très claire sur l’année 2012, le niveau très bas de marge, mais toutes les remontées directes que nous avons-nous laissent entendre que le secteur du service, depuis le début de cette année, est particulièrement touché. J’insiste : si le secteur des services est particulièrement touché dans la dégradation de sa marge, l’impact prévisible à court et moyen terme sur l’emploi peut être dramatique. N’oubliez jamais que deux tiers des emplois dépend du secteur des services.

Et donc, que faut-il faire ? Il faut que le gouvernement avance avec force dans la mise en œuvre du Pacte de compétitivité d’une part et dans la poursuite de ce pacte, il faut préparer l’acte II du Pacte de compétitivité. Qu’est-ce que cela peut être l’acte II du Pacte de Compétitivité ?

Premièrement, intégrer que les prélèvements obligatoires sur les entreprises, leur niveau, leur poids, sont le premier facteur explicatif de cette dégradation. Ce qui veut dire que dans la préparation du Budget 2014, ou dans la stratégie budgétaire des trois prochaines années, il doit y avoir également une stratégie des prélèvements obligatoires. Les prélèvements obligatoires, ce n’est pas une addition de différents taux, une addition de différentes taxes, une addition avec des signes plus ou des signes moins de différentes niches fiscales. Les prélèvements obligatoires doivent être considérés comme une stratégie. Je demande donc au gouvernement deux choses : un, de distinguer ce qui n’est jamais fait, – ce n’est pas fait par ce gouvernement, cela ne l’était pas plus par les gouvernements précédents – , de distinguer les prélèvements obligatoires sur les ménages et les prélèvements obligatoires sur les entreprises. Et deux, de préciser le contenu de sa stratégie sur les prélèvements obligatoires sur les entreprises. Le contenu, la nature, la philosophie. Ca, c’est le premier élément de cet acte II sur le Pacte de compétitivité.

Le deuxième élément sur le Pacte de compétitivité : il ne peut pas y avoir d’ambition de compétitivité, je dirais même il ne peut pas y avoir d’espérance de compétitivité si on ne traite pas la question de l’énergie dans le cadre de l’enjeu de compétitivité. Si la question du mix énergétique, de la transition énergétique n’est regardée que sous l’angle des choix, des innovations pour être un peu plus orientée développement durable, alors on commettra des erreurs. Alors on s’empêchera de retrouver les éléments pour une croissance plus forte et pérenne.

C’est pourquoi le 24 avril – je note que c’est le même jour que la réunion de la commission des Affaires sociales sur l’amnistie sociale – nous organiserons une conférence de presse avec Jean-Pierre Clamadieu notamment et Jean-Louis Schilansky sur la question énergétique. Et évidemment à cette occasion nous remettrons en débat,  mais d’une manière précise, le dossier de l’exploration des gaz de schiste. C’est le deuxième élément dans un acte II du Pacte de compétitivité.

Il y a encore deux autres éléments qui sont très liés.

Financement de la protection sociale

Le troisième, c’est le financement de la protection sociale, son redéploiement, sa réforme, je dirais sa restructuration. On ne peut pas rester en France avec les modalités actuelles du financement de la protection sociale. Tout le monde le sait. Il convient donc de faire une grande mise à plat et de faire des arbitrages. Il y aura des choses certainement à supprimer, peut-être d’autres à inventer et surtout beaucoup à redéployer.

Evidemment, à cette occasion, se posera la question des retraites parce qu’on ne peut pas penser le refinancement ou plutôt de nouvelles modalités de financement de la protection sociale sans penser les réformes structurelles dont nous avons besoin.

Retraites

Sur la question des retraites je suis très inquiète des informations qui circulent ici ou là. Je n’en connais pas évidemment la dimension officielle, réelle, mais il est très clair qu’il n’est pas question pour nous d’accepter la moindre hausse de cotisations, que ce soit d’ailleurs une cotisation employeur ou une cotisation salarié. Et c’est également une vue de l’esprit, une illusion pour ne pas dire une tromperie à l’égard de tous les Français, que de considérer que la solution passera par une baisse des pensions via une désindexation.

Assurance maladie et assurance chômage

Penser le redéploiement du financement de la protection sociale et les réformes structurelles qui vont avec ne peut pas s’arrêter à la question des retraites, il faut aborder la question de l’assurance maladie dont personne ne parle jamais et, bien sûr, préparer également la refonte de l’assurance chômage. De ce point de vue-là, je voudrai, vous dire que j’ai demandé à Benoît Roger-Vasselin de superviser le comité qui va, avec les organisations syndicales, très rapidement, commencer , je dirais, délibérer et préparer la négociation qui, de toute façon, devra être conclue d’ici la fin de l’année.

Respect du dialogue social – Transposition de l’accord du 11 janvier

Le dernier élément lié à la compétitivité est très corrélé au point que je viens d’évoquer sur le redéploiement du financement de la protection sociale et des réformes structurelles qui doivent aller avec, c’est le respect du dialogue social.

Je ne peux pas m’empêcher d’insister sur ce point. Ce qui me permet aussi de faire la transition avec la transposition de l’accord du 11 janvier. C’est peut-être quelque chose de très important qui est en train de se jouer aujourd’hui dans notre pays. Là encore, on a vraiment des projecteurs exclusivement concentrés, dirigés vers des choses tout à fait négatives et même épouvantables. Mais essayons de voir ce qu’il y a de positif. Pour le moment, nous ne pouvons pas émettre de jugement définitif sur la transposition de l’accord et nous ne le ferons qu’à l’issue du vote final quand le texte sera passé par le Sénat et reviendra à l’Assemblée nationale. Mais, néanmoins, notons que non seulement nous avons signé un accord majeur le 11 janvier, mais en plus cet accord a été signé par trois organisations syndicales dont nous savons maintenant qu’elles sont majoritaires chez les salariés. Et pour le moment, le texte est respecté dans son contenu et dans son équilibre global. Ce qui veut bien dire que c’est par le dialogue social que notre pays est capable d’avancer, de se transformer et de se réformer. Il y a pourtant encore beaucoup de choses à faire.

TEC – Observatoire Tendance Emploi Compétence

Dans les choses qui restent à faire, je vais désormais vous présenter un nouvel outil.

Dans les choses qui restent à faire et qui pourraient permettre d’aller encore une étape plus loin sur la recherche d’une meilleure efficience du marché du travail, il y a à se poser des questions sur l’inadéquation que nous constations tous quotidiennement entre les besoins formulés par les entreprises en termes d’emplois, en termes de recrutements, en termes de compétences et la situation que vivent de nombreux demandeurs d’emplois désespérés car ils n’arrivent pas à trouver le job auquel ils aspirent.

Cela fait des années que nous parlons de cette offre et de cette demande qui ne se rencontrent pas. Et nous nous sommes aperçus que nous manquions d’un outil statistique suffisamment vaste pour comprendre précisément où étaient les dysfonctionnements.

Il existe bien sûr une étude annuelle intéressante publiée désormais par Pôle emploi et qui s’appelle l’étude « Besoin de main d’œuvre ». Mais cette étude ne permet pas de dire très précisément : « voilà, dans tel type d’entreprise on est prêt à recruter, par exemple dans les trois mois, des personnes qui ont telle qualification, telle formation ». Cela fait déjà un certain temps qu’avec différentes équipes au Medef, notamment Dominique Tellier, nous nous demandions comment apporter une contribution à l’ensemble des parties prenantes : que ce soit le gouvernement, des organismes publics comme Pôle emploi ou comme l’Unédic, et tous ceux qui veulent vraiment améliorer la situation de l’emploi dans notre pays.

Et par conséquent nous avons, après beaucoup de travail, mis au point un observatoire que je vais vous présenter pour la première fois ce matin et des personnes seront à votre disposition pour répondre à des questions techniques si vous le souhaitez. Je voudrais surtout vous donner les grandes lignes, les principes.

Il faut que vous sachiez qu’il s’agit d’une étude qui aurait vocation à être menée soit tous les semestres, soit tous les trimestres. Ça nous déciderons au fur et à mesure de la collecte des données pour décider quelle est la fréquence la plus pertinente. Et c’est une étude qui est menée auprès d’un panel, j’insiste, d’un panel, de près de 40.000 entreprises – ici nous parlons d’établissements parce qu’au sens statistique du terme, c’est le mot qui est approprié, cela veut dire que nous pouvons prendre la filiale d’une entreprise, l’une des filiales par exemple. A partir de ce panel de 40.000, nous avons 24.350 répondants. Cela veut dire qu’il y a 24.000 responsables des ressources humaines ou de recrutement d’entreprises qui ont accepté de répondre à des questions très précises sur les recrutements, sur les formations et sur les besoins.

La seule chose qu’il faut savoir à ce stade, peu importe le détail, c’est que nous avons une taille tellement importante, 24.350 entreprises qui ont répondu, que nous pouvons du coup valablement, de manière totalement fiable, faire des extrapolations et vous allez comprendre l’intérêt d’avoir les extrapolations.

Voici le tableau de base, les chiffres les plus importants à partir desquels nous pouvons raisonner sur ce manque d’efficacité du marché de l’emploi :

Ceci concerne la première vague que nous avons faite qui a été menée au 4e trimestre 2012. Vous comprenez que 72 % des entreprises, des établissements, au cours du dernier trimestre de l’année 2012, n’ont procédé à aucun recrutement. N’ont pas cherché à embaucher, n’ont pas eu l’opportunité ou le souhait d’embaucher.

En revanche, 28 % des entreprises françaises ont cherché à embaucher au cours du dernier trimestre, 28 %.

Ce qui veut dire, et c’est là l’intérêt de l’outil, car nous pouvons extrapoler, cela veut dire qu’il y a eu 1 088 000 postes qui ont été recherchés. Comprenez bien la dimension du sujet. Nous avons un nombre de chômeurs très élevé et, en même temps, nous savons que les entreprises ont recherché 1 088 000 personnes.

Si je rentre dans le détail pour me concentrer sur ce qui ne marche pas, car c’est ce qui nous intéresse, si on veut résoudre les problèmes il faut se concentrer sur les dysfonctionnements, nous constatons qu’il y a 4 % des entreprises qui ont abandonné au moins une recherche – je dis au moins une parce que certaines entreprises évidemment souhaitaient recruter deux ou trois personnes. Mais il y a eu au moins 4 % d’entreprises qui ont abandonné au moins une recherche. Ce qui veut dire, quand on l’extrapole, qu’il y a eu plus de 100 000 postes qui, finalement, se sont évaporés. Ça, c’est une des choses que nous allons creuser. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Mais même chez les entreprises qui ont réalisé au moins une embauche – 976 000 donc beaucoup – eh bien 7 % disent l’avoir fait avec beaucoup de difficultés. Cela veut dire qu’il y a eu  251 914 postes recrutés qui ont été finalement recrutés mais à partir de situations, de process qui ont fait perdre du temps, qui ont fait hésiter et qui ont rendu l’ensemble compliqué ou difficile à gérer. En clair, si nous voulons améliorer l’efficience du marché du travail, nous devons travailler sur ces deux champs : sur ceux qui ont abandonné parce que c’était vraiment trop compliqué et trop dur, ou sur ceux qui ont finalement réussi mais avec beaucoup de difficultés à surmonter. C’est le premier type d’enseignement.

Deuxième type d’enseignement, mais  que je prends avec prudence pour le moment parce que c’est la première vague, nous avons mesuré également les intentions d’embauches pour le premier trimestre 2013, ces intentions étaient en très net recul par rapport à ce qui a été la réalité du dernier trimestre 2012 puisque seulement 17 % des établissements ont dit vouloir embaucher, ce qui représentait 565 000 personnes, ce qui est très en-dessous évidemment de la réalité du dernier trimestre.

Cela ne veut pas dire que ces entreprises ne vont pas finalement aller plus loin ou que d’autres entreprises ne vont pas s’ajouter dans les chiffres du premier trimestre 2013, c’est ce que nous verrons à l’issue de la deuxième vague.

Pourquoi c’est intéressant de travailler là-dessus ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que parmi les entreprises qui ont eu des difficultés à embaucher – 7% des entreprises ont embauché avec des difficultés –, on voit qu’elles ont pour une proportion significative d’entre elles du coup cherché à mettre en place des solutions pour recruter.

Quelles solutions ont-elles mises en place ? D’abord de la formation. Soit de la formation par accompagnement, parrainage, etc. soit même la mise en place d’une formation externe. Ce sont les principes qui sont les plus utilisés. Eventuellement du coup on utilise aussi des contrats courts. Ou des contrats en alternance.

Mais si je me concentre juste sur ce point, vous voyez l’importance de la formation, un des lieux où celle-ci est clef, c’est-à-dire au moment du recrutement. On ne peut pas séparer la réflexion globale sur la formation de la question de l’embauche et du recrutement.

Quelques éléments aussi sur ceux qui ont abandonné le recrutement.

Il faut bien comprendre qu’une majorité de ceux qui ont abandonné le recrutement l’ont fait pour des raisons qui ne sont pas conjoncturelles. Donc c’est à sortir de la situation économique difficile, certains l’ont fait et cela concerne 35 000 postes, mais pour la plupart des postes ce n’est pas ça ; pour la plupart des postes ce qu’il n’allait pas c’est la difficulté à trouver les compétences attendues pour 53 000. C’est considérable. C’est considérable et on voit bien que, là aussi, il y a des marges de progressions significatives à réaliser.

Je continue.

Pour beaucoup de ceux qui ont eu des difficultés de recrutement la plupart des difficultés sont liées au candidat lui-même. Soit parce que le savoir technique, métier, savoir-faire d’une manière générale n’était pas là (22 % des cas, et cela concerne 236 000 postes), soit parce, et ça concerne 182 000 postes, soit parce que, et cela concerne moins, le nombre est très impressionnant : 182 000 postes, soit parce qu’il y avait des enjeux de savoir-être. Le savoir-faire est majeur, mais le savoir-être est également significatif.

Au total voilà quelques chiffres clefs : il y a eu 976 000 embauchent réalisées, 112 000 postes qui n’ont pas été pourvus et qui auraient pu être pourvus. 112 000 c’est incroyable ! 112 000 personnes ! Et une annonce de 565 000 postes pour les 3 prochains mois.

Très rapidement, quels sont les métiers les plus recherchés ?

J’ai insisté tout-à-l’heure sur ce qui se passait dans le secteur du service. Il faut à la fois vouloir la ré -industrialisation de notre pays, il faut à la fois souhaiter une industrie très moderne, très performante mais il faut aussi penser service. Regardez quels sont les métiers qui sont les plus recherchés aujourd’hui : cuisinier. Je ne sais pas si c’est un effet de ‘Master-chef’, cuisinier 71 000 postes. Agent de maîtrise dans l’hôtellerie et la restauration, 61 000 postes. Caissier, employé de libre-service, 54 000 postes. Jusqu’à vendeur, là vous avez les cinq postes les plus recherchés. Vous avez là les, si je ne me trompe pas les cinq postes les moins recherchés. Mais vous aurez, dans les documents qui vous seront remis par Anton, tout le détail d’une manière très précise.

Je voudrais terminer en vous montrant encore deux choses. Parce qu’on pourrait y passer la journée sur cette étude. Non, une seule chose en fait. Je voudrais vous dire qu’avec ce type d’outil, nous allons pouvoir des approches métiers très précises. Si on regarde par exemple une approche dans le métier du bâtiment.

Vous avez ici, ce que nous avons appelé « la fiche métier », qui vous donne très exactement la situation en termes de besoins ou de dysfonctionnements dans le secteur du bâtiment. Nous savons que sur le dernier trimestre 2012, le bâtiment, dans le gros et le second œuvre, a recherché 8 664 postes d’ouvriers qualifiés. Dans le béton, l’extraction, ou les travaux publics en général. Nous pouvons dire grâce à cet outil où ces postes ont été recherchés. Principalement en Ile-de-France, en Pays-de-Loire, en Bourgogne, en Midi-Pyrénées. Donc nous avons une possibilité de localisation très précise. Nous pouvons dire, à partir du nombre de postes recherchés, les embauches qui ont été réalisées. Celles qui ont été réalisées sans difficultés et celles qui ont été réalisées avec difficultés et nous sommes en mesure d’identifier les raisons de ces difficultés. C’est en général des raisons liées à la connaissance technique, à des problématiques de polyvalence, d’expérience mais aussi comme je vous l’ai dit tout à l’heure des caractéristiques liées au manque d’esprit, de comportement, d’esprit d’entreprise, de compréhension, voilà ce que je cherchais, sur ce qu’est la vie en entreprise. Et nous avons identifié les solutions qui ont été mis en place  et qui ont été efficaces. Au total, nous identifions les postes non-pourvus et très précisément les postes non-pourvus pour des raisons non conjoncturelles. Donc si nous sommes dans du non-conjoncturelle, cela veut dire très clairement  qu’il n’est pas normal que ces postes n’aient pas été pourvus. C’est pénalisant pour l’entreprise, c’est douloureux pour le salarié, pour le candidat. Cela, ce type de fiche, nous allons être en mesure de le faire trimestre par trimestre ou semestre par semestre pour tous les métiers possibles.

Là vous avez la même chose sur l’informatique, je ne sais ce que vous pouvez nous montrer d’autre : café-hôtellerie-restauration et puis c’est tout. Une encore : aide à domicile, beaucoup de besoins, vous le savez c’est considérable et c’est quelque chose qu’on devrait valoriser un peu mieux si on veut vraiment résoudre la question de l’embauche.

Voilà l’outil que nous avons mis au point. Cet outil s’appelle TEC « Tendance Emploi Compétence ». Cet outil est à nos yeux d’une puissance considérable. Je dirais que c’est un outil d’intérêt général. Si nous l’avons fait, c’est parce que nous constations, année après année, qu’aucune organisation publique, qui pourtant aurait vocation à mettre en place ce type d’instrument, ne l’a fait. C’est une façon pour moi de vous dire que le Medef agit et a toujours chercher à le faire, en tout cas depuis que je suis là, dans un sens d’intérêt collectif. Je souhaiterais que cet outil puisse être, comme je l’ai dit rapidement,  un des instruments de base de la conférence sociale, si celle-ci consacre une partie de ses travaux à la formation. Quoiqu’il arrive, cet outil sera également utile à la préparation de la négociation sur l’assurance chômage puisque nous, notre préconisation, vous le savez est de faire un lien entre la cotisation sur l’assurance chômage et la contribution qu’apportent les entreprises à la formation.

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