Point presse mensuel de septembre 2013

Bonjour, bonjour à tous. Merci d’être parmi nous ce matin. Première conférence de presse après notre Université d’été du Medef. Ce que je voulais vous dire, c’est que d’abord, les chefs d’entreprise aujourd’hui vivent toujours avec une triple inquiétude. Inquiétude du carnet de commandes que l’on ne voit pas bouger. Alors, il y a en effet quelques inflexions, mais une fin de récession ne veut pas dire un début de reprise. Deuxième inquiétude : la rentabilité qui reste faible. Vous savez que la rentabilité des entreprises françaises reste l’une des plus faibles d’Europe. Et puis, troisième inquiétude : toutes les négociations, et surtout débats, discussions qu’il va y avoir d’ici la fin de l’année : je parle du Budget 2014, du PLFSS, du débat sur la transition énergétique, de la formation professionnelle, de l’assurance chômage qui sont autant de rendez‐vous qui peuvent être des rendez‐vous intelligents, pro économiques, travaillant vers la confiance ou qui peuvent être des rendez‐vous manqués avec des augmentations de cotisations ou des augmentations d’impôts ou de taxes, des contraintes supplémentaires. Donc, nous abordons cette période de ces derniers mois de l’année avec une certaine inquiétude car tout peut se jouer et on peut en effet repartir vers de la confiance ou on peut en effet avoir que des mauvaises nouvelles et donc, à la fin, continuer de gripper le moteur économique et avoir du chômage.

Alors, le rôle du Medef, dans tout cela, très rapidement : vous savez que mon obsession, c’est l’emploi et mon obsession et ma bataille principale, c’est la lutte contre le chômage. 11 % de chômage, c’est insupportable pour moi, pour notre pays, pour les Français. 26 % de chômeurs parmi les jeunes, c’est insupportable. Qui crée de l’emploi, c’est l’entreprise. Comment l’entreprise crée de l’emploi ? Par la croissance. Avec deux éléments importants que je voudrais vous citer à nouveau car vous verrez que dans ces deux sujets de compétitivité, le Medef intervient. Vous avez la première partie qui s’appelle la compétitivité hors coût, avec quatre facteurs clefs de succès que je réitère car le Medef va se positionner à travers des pôles et des commissions. Il s’agit de tout le développement des marchés et des clients – l’intimité clients, c’est fondamental – il s’agit de tout ce qui est innovation, développer l’innovation, encore et encore, c’est de la différenciation ; il s’agit de travailler sur les processus, les investissements, l’automatisation, les flux, c’est extrêmement important pour les entreprises et pour la réalité économique, c’est comme cela que les sociétés, que les entreprises, que les pays comme l’Allemagne, les Japonais, les Suédois, les Autrichiens réussissent. Et enfin, travailler sur la mobilisation des hommes, l’épanouissement des hommes, la formation des hommes et des femmes. Et là aussi, ce sont donc ces quatre facteurs clefs de succès. Nous avons positionné aujourd’hui des actions, des commissions, des pôles pour travailler, améliorer ces facteurs qui sont extrêmement importants pour la compétitivité de nos entreprises. Ce seront des travaux internes au Medef, avec nos équipes, avec les adhérents du Medef.

Et puis, tout cela, c’est très bien. Mais tout cela, cela demande de l’argent, cela demande de l’investissement, cela demande du cash, et cela demande du temps. Comme la situation est grave pour notre pays avec ses 11 % de chômeurs, eh bien en amont de ces quatre facteurs clefs de succès, vous avez ce que l’on appelle la compétitivité coût. Et là, vous arrivez sur quatre autres facteurs qui sont essentiels pour la confiance et pour le redémarrage de l’activité économique. Vous arrivez sur quels facteurs de compétitivité coût ? Eh bien sur les quatre que vous connaissez tous, mais qu’il est bon de rappeler. Vous avez la compétitivité du coût du travail, un. La compétitivité de la fiscalité, deux. La compétitivité de la complexité, trois. La compétitivité de l’énergie, quatre. Ce sont les quatre principaux. Et vous avez, à travers ces quatre facteurs de compétitivité coût, les travaux du Medef, les batailles du Medef ou les combats du Medef, qui sont imposés par l’environnement, par le gouvernement, par la politique de notre pays. C’est ce que nous subissons. Vous retrouvez en effet les éléments de combat du Medef sur le coût du travail d’une part qui est trop élevé, comme vous le savez, en France, sur le coût de la fiscalité qui est trop élevé, avec un nombre d’impôts absolument incroyable – 148 impôts affectés sur le résultat d’exploitation, avant le résultat d’exploitation. Ce qui fait une cinquantaine de milliards d’euros de plus, notamment, que notre voisin allemand. Vous avez le coût de la complexité dont on parle rarement en France mais qui est aussi énorme : vous savez que l’on a 85 Codes à gérer et 400 000 normes. Un exemple : dans le règlement thermique 2012, vous avez un arrêté sur un moteur de calcul de l’énergie qui fait 1 400 pages. L’ancien ministre Lambert a dit que c’était absolument, totalement inefficace, absurde inapplicable. Donc, il faut lutter contre l’excès de complexité. Et puis, le quatrième coût en jeu : la transition énergétique qui peut, en effet, être un débat, que l’on prend de façon enthousiasmante, et je reviendrai sur ce sujet, de façon économique en créant de nouvelles filières qui permettront de créer de l’emploi, (et) de l’innovation à terme, et de l’exportation. Ou alors on le voit de façon totalement dogmatique, court‐termiste et ce sera des impôts de plus. Et qui dit impôts de plus dit chômage de plus.

Aujourd’hui, le pays, vous le savez, est en sur‐fiscalité. Les impôts, bien évidemment, servent à payer les dépenses régaliennes de l’Etat, la justice, les militaires, les médecins, etc. Mais nous sommes en régime aujourd’hui de sur‐fiscalité. Et la sur‐fiscalité conduit à du chômage. Donc nous sommes extrêmement vigilants aujourd’hui et inquiets sur le fait que nous sommes à la croisée des chemins au niveau de notre pays. Soit en effet on fait le pari de l’entreprise et on va du discours aux actes car, là encore, j’ai apprécié le discours du Président de la République sur le fait que, en effet, il a indiqué aux Français que seule l’entreprise allait créer des emplois. L’entreprise, aujourd’hui, c’est la solution à 80 % de nos problèmes : c’est la solution à l’emploi, c’est la solution à l’emploi des jeunes, c’est la solution à l’intégration de minorités, c’est la solution au déficit du commerce extérieur, c’est la solution à la croissance, c’est la solution à l’investissement, c’est la solution au développement du pays et à la réduction du chômage. L’entreprise, c’est 80 % de tous les problèmes du pays.

Il faut faire le pari de l’entreprise. C’est ce qu’a dit le Président de la République. Le seul problème, c’est qu’il y a un écart incroyable entre ce discours pro‐entreprises et les faits ou les mesures qui sont prises et qui sont totalement anti‐entreprises. Je vais vous donner quelques exemples à travers trois grands événements qui sont en cours en ce moment qui sont, d’une part le PLF 2014. Le Budget 2014 : deux choses qui ne vont absolument pas pour nous : d’une part, on a parlé de pause fiscale ; les entreprises auront de nouveau 2,5 milliards d’euros à payer. Première erreur. Il faut non seulement ne pas augmenter les impôts l’année prochaine sur les entreprises, mais il faut les baisser. Cela, c’est le premier point. Deuxième point : on invente un nouvel impôt qui est l’impôt sur l’excédent brut d’exploitation. De façon totalement improvisée. Sans avoir fait d’étude d’impact. Là, on joue totalement aux apprentis sorciers fiscaux. Cet impôt, ce nouvel impôt, comme vous le savez, je pense que Bercy doit être extrêmement content, on va commencer avec 1,15 %, et puis, pourquoi pas, dans 5 ans, dans 6 ans, dans 10 ans, on va se retrouver avec 3, 4, 5, 6, 7, 8 % à payer. Donc, extrêmement inquiétant. Troisième chose, on ne connaît pas aujourd’hui les effets collatéraux de cet impôt. Je vais vous donner un exemple : pour moi, il est totalement absurde cet impôt car il va taxer, encore une fois, les gens qui investissent, aussi bien dans les services que les industriels. On veut avoir une politique industrielle innovante, progressiste, bravo le discours du Président de la République de jeudi dernier, bravo, et qu’est‐ce que l’on fait ? Boum, on taxe ! L’excédent brut d’exploitation qui, comme vous le savez, est un impôt qui intègre les amortissements. Donc, plus vous investissez et plus vous avez un EBE qui est élevé. Certaines sociétés d’infrastructures industrielles vont jusqu’à 70% d’EBE dans leur résultat parce qu’elles ont des énormes amortissements. Eh bien, on va encore une fois imposer, taxer. D’abord, créer un nouvel impôt est une absurdité totale en France sachant le nombre d’impôts que nous avons, il faut les réduire, il faut en supprimer. Et, deuxièmement, on va taxer les sociétés qui peuvent investir soit dans les services de haute technologie, soit dans l’industrie : deuxième aberration. Donc, si vous voulez, ça, encore une fois, par rapport à un discours qui est intéressant, eh bien nous avons de mesures qui sont totalement anti‐économiques, totalement improvisées et qui vont absolument dans le mauvais sens. Moi, je crois qu’il faut gérer maintenant notre pays, il faut que toutes les décisions qui soient prises ou les textes de loi, soient prises en pensant à la seule question : est‐ce que ce texte de loi, est‐ce que cette décision crée de l’emploi ou crée de la compétitivité pour l’entreprise ou pas. Eh bien si la réponse est oui, il faut faire cette mesure. Si la réponse est non, il ne faut pas la faire. Cette mesure, ces 2,5 milliards de plus sur le PLF 2014 est anti‐économique car on alourdit encore la barque des entreprises qui sont déjà exsangues, je le rappelle, elles ont la moins bonne rentabilité de toute l’Europe, rapport Gallois. Donc nos entreprises sont exsangues. Il faut alléger les charges et les taxes. Et deuxième chose : on crée un nouvel impôt de façon improvisée, sans avoir mesuré les conséquences, et en effet, avec des effets collatéraux qui peuvent être dramatiques. Dramatiques je dis bien. Donc, absurdité.

Si on revient aujourd’hui sur le deuxième débat qui est la retraite, alors, la retraite, pareil. Comme je l’ai déjà dit, la réforme des retraites n’est pas une réforme. On n’a pas voulu faite une réforme des retraites. Il y a une immense probabilité que l’on se retrouve dans deux ans à retravailler sur le sujet. Car on n’a pas réglé le problème dans le fond. D’abord, vous le savez, le déficit des régimes, c’est 15 milliards en 2013 et cela va augmenter à 20 milliards. On n’a réglé qu’une petite partie des 7 milliards. Donc, où sont les 7 ou 8 autres milliards aujourd’hui de déficit ? Deuxièmement, cette réforme est basée sur des hypothèses complètement irréalistes aujourd’hui puisqu’en fait la croissance qui est en hypothèse entre 2011 et 2020 est de 1,6 % par an. Par an. Vous savez qu’entre 2011, 2012, 2013, voire 2014, on va être dans les 0 % ; 2014 un peu mieux, 0,8 %. Tout cela veut dire qu’entre 2014 et 2020, il faut que l’on soit au‐delà de 2 % de croissance pour financer ce régime donc. Et puis un taux de chômage à 7 % en 2020. Donc, vous voyez bien que ces hypothèses sont quand même totalement irréalistes aujourd’hui. Donc, on est parti sur des réformes de retraites avec des hypothèses irréalistes. Ensuite, bien évidemment, les régimes complémentaires Agirc‐Arrco n’ont pas été du tout pris en compte. Or, nous savons que nous avons aussi des problèmes de financement de ces régimes assez rapidement. Et puis on pousse les équilibres en 2035 ; donc, en effet, on a repoussé totalement l’âge légal, l’augmentation de l’âge légal et l’augmentation de la durée de cotisation au‐delà de 2035. Alors que le problème est aujourd’hui entre nos mains. Donc tout cela si vous voulez, montre que nous allons très certainement nous retrouver dans deux ans à renégocier quelque chose. Donc, c’est une occasion totalement manquée cette réforme des retraites.

Et, deuxièmement, là encore, on a ouvert une boîte de Pandore avec le thème de la pénibilité. La pénibilité, c’est un thème très important pour nous, entrepreneurs. C’est un thème extrêmement important parce que, en effet, on fait tout depuis des années pour que les travaux pénibles soient répertoriés, il y a une loi Fillon qui a été mise en place en 2010, répertoriant dix secteurs de travaux de nuit, de travaux en continu. Et on n’a même pas évalué cette loi Fillon, on n’a pas regardé. On aurait pu se mettre en effet autour d’une table, c’est cela qu’il faut faire, pour voir : est‐ce que cette loi Fillon est intéressante ? Est‐ce qu’elle prend en compte tous les problèmes de pénibilité ? Eh bien, non, on a souhaité ré‐ouvrir une boite de Pandore sur la pénibilité à travers, en plus le problème de la retraite qui, pour moi, n’a rien à voir avec la pénibilité. Donc, ouverture d’une boîte de Pandore et extrême inquiétude de tous les chefs d’entreprise que je vois, de tous les secteurs : les secteurs des banques, des assurances, de l’industrie, du BTP. Et surtout, lorsque qu’une ministre nous dit que cela peut concerner 20 % des salariés. Donc, là, on est absolument abasourdis par ce chiffre. Tout est pénible ! Cela veut dire aussi que l’on donne l’information aux Français que le travail est pénible, et que le travail peut être pénible. Alors, vous avez d’un côté 11 % de chômeurs qui cherchent du travail ; et de l’autre côté, on donne l’information selon laquelle il y a un fort risque que 20 % des gens soient dans un métier pénible. Donc là, nous sommes très inquiets sur ce sujet de la pénibilité car nous avons très peur que cela soit un peu le syndrome des 35 heures de l’an 2000, c’est‐à‐dire imposées avec des effets collatéraux énormes et des effets sur la compétitivité énormes. Et lorsque l’on fait ça tous seuls, encore une fois, au monde face à un environnement économique mondialisé, ouvert, la France n’est plus seule au monde, nous sommes liés à des gens qui sont en compétition à la fois sur nos marchés et par rapport à nos concurrents. Donc n’ouvrons pas des boites de Pandore comme cela, là encore de façon improvisée. Et je pense que ce sujet‐là doit être traité totalement séparément avec les partenaires sociaux dans les branches, dans les entreprises et non pas dans le cadre d’une réforme des retraites. Donc, ça c’est le deuxième point.

Le troisième point, transition énergétique, autre réflexion, débat en cours. Donc, là encore, transition énergétique. Nous, entreprises, entrepreneurs, en ce qui me concerne, c’est une formidable opportunité. La transition énergétique, c’est un marché du futur. Vous savez que j’ai lancé un programme au Medef qui s’appelle « 2020, une France qui gagne » pour orienter le futur, pour éviter de nous retrouver toujours en défensif et toujours en train de contrer des charges, des taxes et des contraintes et de se dire que le pays est merveilleux, que nous avons des atouts considérables, que nous avons toutes les filières du futur à inventer, que nous pouvons faire de la mondialisation à partir du pays. La filière de la transition énergétique est une de ces grandes filières à venir qui va permettre, et si on prend bien ce débat, de créer des emplois, de créer de l’innovation, de garder une compétitivité sur le coût de l’énergie qui est essentielle pour nous. On n’a pas 50 avantages en France sur le coût dont j’ai parlé ; le coût de l’énergie est encore un coût acceptable et il faut impérativement garder cette compétitivité sur le coût de l’énergie et, deuxièmement, en effet, formidable réflexion vers le futur pour développer l’efficacité énergétique passive, c’est celle des matériaux, l’efficacité énergétique active, celle de l’électronique, des capteurs, tout ce qui est énergie renouvelable en calculant bien des retours sur investissement et en ne faisant pas n’importe quoi. Et puis, en regardant bien évidemment, comme vous le savez, la position qui est de regarder le problème des gaz de schiste. Au moins de rentrer dans la recherche pour l’exploitation propre, vertueuse des gaz de schiste. Donc, tous ces éléments sont des éléments de transition énergétique. Ma grande peur, encore une fois, c’est si on est court‐termiste et si on est dogmatique, eh bien nous allons encore recevoir des taxes, des impôts et cela va encore créer du chômage. Donc, la transition énergétique, là encore, nous sommes à la croisée des chemins, comme le pays. Est‐ce que l’on prend ce débat, cette réflexion comme une formidable opportunité de croissance, de développement de l’innovation, de créations de richesses, de créations d’emplois et de création d’une filière exportatrice pour le pays, basée sur des filières d’excellence française, je le rappelle ? Ou alors, est‐ce que l’on est complètement court‐termiste, complètement dogmatique ? Est‐ce que l’on fait de la politique politicienne et là, c’est grave car au lieu de créer des centaines de milliers d’emplois en 2020, on va en détruire des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers en 2020. C’est cela la réflexion que je veux vous livrer ce matin, c’est la réalité économique qui doit primer et je crois qu’aujourd’hui, il faut remettre cette réalité économique dans le gouvernement de la France et il nous faut maintenant des preuves tangibles que cette réalité économique est bien prise en compte. Il nous faut des preuves tangibles par rapport à un discours en effet pro‐entreprises que nous ne voyons pas du tout dans les faits, au contraire. Ce que nous voyons, ce ne sont que des mesures anti‐économiques et qui induisent en effet de la méfiance auprès des chefs d’entreprise, de la résignation parfois. Et vous savez qu’un chef d’entreprise ne défile pas dans la rue. Un chef d’entreprise, malheureusement, il se démotive, il attend et pendant ce temps‐là, il n’investit plus, il ne prend plus d’apprentis. Parce que, en plus, il a un problème de rentabilité essentiel. Donc, si nous voulons que le pays reparte et que le chômage se réduise, et que l’on fasse comme les autres grands pays autour de nous qui ont repris le chemin de la croissance et qui ont baissé leur chômage de façon importante, il faut, et c’est mon appel au gouvernement, il faut faire le pari de l’entreprise, il faut faire le choix de l’entreprise et il faut surtout mettre des actes face aux paroles que nous avons. Je vous remercie pour votre attention.

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